Au confin de la rencontre entre JJR et JJG

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Eloïse coussy

Pendant un mois et demi, seule dans mon studio, j’ai lu les Confessions de Rousseau. Oui j’avoue, sans ce confinement forcé je ne me serai jamais lancée dans une telle entreprise. Mais, quoique parano, complotiste voir narcissique, on s’attache naturellement à son authenticité, sa subtilité et à son humour pince sans rire. Derrière les Confessions, se cache un homme des Lumières qui puise son humanité à l’intersection de la tendresse de son coeur et la logique de sa réflexion.

Ce n’est pas nouveau, les livres permettent de s’échapper du quotidien en faisant voyager l’esprit ; ce qui est, on est d’accord, d’autant plus salvateur en période de confinement. Avec tout ce qu’induisent les trois siècles qui nous séparent, la lecture des Confessions favorisent une prise de recul sur soi, sur les autres et sur les problématiques qui gangrènent (coronisent !?) notre époque.
Dans le contexte actuel, solitude peut rimer avec privation de libertés. Vains témoins du soleil traversant les rideaux, nous nous mettons à rêver de nous « payer des nuits blanches à coeur qui bat, à cœur bâtant » dans le jardin coloré de la Guinguette chez Alriq. Alors, le soleil couché, « le cœur à la traîne (…), le coeur à pleurer » (paroles de l’inégalable Barbara), on sort de notre rêverie pour nous affaler sur le canapé. C’est l’heure de s’inonder de sociabilité à travers les réseaux sociauxpouloulou qui comblent le vide de notre existence. Dur.
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Eloïse coussy
«  Seul je n’ai jamais connu l’ennui : (…) mon imagination, remplissant tous les vides, suffit seule pour m’occuper » (Livre 12)
Pour JJR, solitude rime avec liberté. Cet état existentiel devient son eldorado. La succession de ses déceptions amicales et amoureuses, qu’il considère fatalement comme chimériques, le pousse à la misanthropie lui valant la comparaison à un « ermite » par Diderot et à un « ours » par Mme Le Vasseur. Loin du ton superficiel des salons littéraires et de l’effervescence de la ville, il préfère entretenir un rapport à son époque plus introspectif et contemplatif. Dans ses rêveries de promeneur solitaire, libéré des poids sociaux qui assujettissent, ce « grand ennemi de la dépendance » (Livre 9) marche seul, comme le vrai JJG, au gré du vent laissant derrière lui les chaînes qui pendent à son cou. La succession de paysages bucoliques pousse ses pensées au vagabondage et décuple ses sens. Entouré de la nature, il s’adonne avec plaisir à l’oisiveté dans laquelle il réalise ses plus beaux fantasmes et construit ses plus grandes idées.
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Image empruntée à Sergio Aquindo
« Je ne trouvai plus rien de grand et de beau que d’être libre et vertueux, au-dessus de la fortune et de l’opinion, et de se suffire à soi-même » (Livre 8)
Ce Robinson Crusoe des temps anciens, dénué d’avidité, a d’ailleurs bien kiffé la quarantaine imposée par la peste. Enfermé seul vingt et un jours dans un lazaret à Gênes, il a pu se délecter de « prendre congé de son siècle et de ses contemporains » ; comme le dit si bien JPS « L’enfer c’est les autres ». Pour l’anecdote le président du Conseil italien à déclaré fin février : « Nous ne transformerons pas l’Italie en un lazaret ». JJR ne se réjouirait pas de ces propos car, contrairement à beaucoup d’entre nous, il cultive le goût des petits riens. Ces non-événements qui n’ont Rien d’spécial, RIP au très regretté Népal, ne sont autres pour Rousseau qu’un bon verre de vin, plonger son regard dans un autre, avoir une conversation pleine d’esprit, être attablé devant un festin, manger en lisant, se passionner pour la botanique (Big Up Neville Londubat) ou pour les échecs, observer l’organisation des abeilles…Toutes la simplicité de ces occupations accessibles à tous, tuent l’ennui ;  cet état de non-esprit que Rousseau considère comme vain et dangereux.
Voici JJR
JJR s’enivre du présent
JJR aime le bon vin et la bonne bouffe
JJR est avide de connaissances
JJR se suffit à lui même
Alors, soyez comme JJR  en période de confinement.
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Eloïse coussy

 

A travers une plume légère et incisive doucement enrobée dans la musicalité de l’écriture, Rousseau développe la profondeur de sa pensée sur la complexité des relations entre la nature humaine et la société. Plus loup solitaire qu’ours en hibernation, il dénonce avec vigueur les corruptions de l’Homme civilisé auquel il impute amour-propre et égoïsme. Se confesser publiquement lui permet de régler ses comptes avec le savoir élitiste bourgeois. Il n’hésite pas à qualifier de « suffisants » les hommes d’influence de son temps à l’instar de Diderot, D’Alembert ou Voltaire. Que dirait-t-il, toutes proportions gardées, de certains profils d’« intellectuels » de notre époque, à commencer par un BHL ?  Sûrement prendrait-t-il d’autant plus congé de nos contemporains.

 

« (…) c’est à la campagne qu’on apprend à aimer et servir l’humanité, on apprend qu’à la mépriser dans les villes » (Livre 9 extrait d’une lettre adressée à Diderot)
De nos jours les comportements égoïstes dépassent largement ce clivage. Prenons simplement l‘exemple de la colère de citadins privilégiés ne pouvant pas rejoindre leur résidence secondaire à la campagne…Peuchères, ils sont privés d’y couler un quarantaine heureuse ponctuée d’une bouffée quotidienne de bonne conscience à 20H. Et que penser de l’indignante élimination du jeune padawan Sam par les aficionados du montage de stratégies/sessions bronzage non concernés par la construction de tables pour le bien-être collectif ? Ça a surement « coronné » le tout pour des salariés épuisés par une journée de labeur à se taper la file d’attente interminable de consommateurs affamés, moteurs en marche pendant des heures, devant le drive. Ah Chienne de vie…!
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Eloïse coussy
Qu’ils soient moraux ou viraux les virus appuient sur les inégalités déjà ancrées dans la société tout en se riant des différences. Pour reprendre les paroles d’IAM, on ne naît pas sous la même étoile. Quelque soit le siècle dans lequel on vit personne ne joue avec les mêmes cartes. Rousseau en tant que spectateur du désespoir de son temps critiquait les dysfonctionnements qu’il couplait au règne du manque d’humanité . Dans ses écrits, Discours sur l’Inégalité et autres, il fustige les préjugés, la propriété, la violence des rôles prédéfinis ; tout autant de phénomènes cumulés qui noircissent le tableau qu’il peint sous nos yeux de lecteurs du XXIème.
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« Une des grandes maximes de la Société, (…) est d’immoler toujours le plus faible au plus puissant » (Livre 7)
Alors que le Contrat social devrait être au service de l’intérêt général, en perpétuelle recherche de justice et d’égalité, il reste encore aujourd’hui dans les mains majoritairement poilues, cinquantenaires et blanches de dirigeants qui continuent leur marche funèbre vers l’«écroulement» physique et psychique du monde. Ces hommes pressés, pâles caricatures d’eux-même sous le masque de leurs fonctions, s’ornent depuis des siècles de colliers d’impunités qui maintiennent sournoisement le peuple dans les fers (#Balkany pour citer une des plus risibles révélations) sous la toile de fond d’une Nature bouleversée par des intérêts privés qui dépassent l’entendement et la pousse fatalement au cataclysme.
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Avril 2020 – Angleterre
« Insensés qui vous plaignez sans cesse de la Nature, apprenez que tous vos maux viennent de vous » (Livre 8)
Erigés en spectateurs du désespoir de notre temps, les rides de perplexités se creusent devant le paysage d’informations venues d’ici et d’ailleurs. Les nouvelles technologies nous mettent face à la mer(de) : des traits opaques de discriminations à moitié cachées, des traces de bavures policières, de délations entre voisins, un arc en hess d’incohérences économicopoliticodébilos qui recouvrent une crise sanitaire aux lendemains incertains ; le tout sur un fond environnemental alarmant. Malgré des touches de couleurs apportées par des initiatives solidaires, l’humour, et des événements heureux, la toile reste sombre dans une démocratie où la responsabilité se substitue adroitement à notre chère liberté pendant que les inégalités se renforcent.
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Avril 2O2O – Saillans
A nous de brandir fraternellement nos pinceaux, nos stylos, nos bombes de peinture, nos caméras, nos appareils photos, nos instruments de musique, nos voix, nos slogans … au service de l’humanité et de la nature qui l’accueille. La tendresse de nos cœurs et la logique de notre réflexion vaincront car, n’en déplaise à certains, c’est la chaleur de la culture qui réécrit l’histoire, pas les chiffres.
Cette crise tombe à pic pour redistribuer les cartes -> Qu’ils se tiennent à carreaux, on ira au-delà des trèfles à quatre feuilles pour chercher notre bonheur. (Big Up Claude MC).
« Stop talking AND RUN IT » pour un monde IDYLLIQUE.
JJG.
– Avec les talentueuses illustratrices @eloisecoussy et @roxanneloewert

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