Au coeur des livres

Des lectrices nous racontent leur livre de coeur. Celui qui les a accompagné un bout du chemin. Celui qui a offert une tréve de paix, d’amour, de silence. Celui qui a résonné en elles et dont l’écho est porteur d’un message qui leur est cher.

Christian Bobin écrit:

Ce n’est pas pour devenir écrivain qu’on écrit. C’est pour rejoindre en silence cet amour qui manque à tout amour.

Et pourquoi lire? Pour voyager dans l’âme de celle ou de celui qui rêve. Pour faire un pas de côté tel une note de musique suspendue. Pour vivre l’invisible d’un sentiment amoureux, l’impalpable d’un désir ardent, l’innéfable d’une émotion de vie.

Jessica Aguilar nous parle de Tout ce que j’aimais, Siri Hustvedt .

L’auteure nous embarque à New York, dans les années 70.
On suit le quotidien de deux couples. Ils baignent dans le milieu de l’art, et forment un beau quatuor qui paraît serein et solide. Ils vont être secoués par des évènements dramatiques.
Ce livre n’a rien de léger Il traite des sujets passionnants tel que l’amour, la confiance, l’art, la famille. Qu’est-ce que la famille ? Est-ce que nous pouvons la choisir? L’auteure arrive à la désacraliser complètement. Ici on parle d’êtres aimés, choisis, une communauté connectée, à l’écoute de l’autre. Les liens de sang n’ont pas d’importance. Ce livre est bouleversant et inoubliable.

Sophie Ducharme nous parle de Continuer, Laurent Mauvignier

Une mère et son fils. Un voyage au Kurdistān. Un voyage initiatique à voix multiple. A cheval, dans les montagnes, avec les nomades, avec la beauté et la dureté du monde sauvage et minéral.
Un texte effilé, efficace, prenant. Difficile de s’arrêter. Un texte au plus proche des intimités de chaque personnage. Magique. On comprend si bien les enjeux. Et en même temps un suspens implacable, impossible de savoir ce qui va se passer même si on pressent le drame, il n’est pas là où on l’attend. La fin est absolument sublime.
Samuel, l’adolescent en souffrance, parle :
– Si on a peur des autres, on est foutu. Aller vers les autres, si on le fait pas un peu même un peu, de temps en temps, tu comprends, je crois qu’on peut en crever. Les gens, mais les pays aussi en crèvent, tu comprends, tous, si on croit qu’on n’a pas besoin des autres ou que les autres sont seulement des dangers, alors on est foutu. Aller vers les autres, c’est pas renoncer à soi.

Isabelle Pierre nous parle de: Sérotonine, Michel Houellebecq

Qui a déjà suivi les précédents récits de Houellebecq aura plaisir à retrouver dans
Sérotonine un narrateur familier. Plutôt solitaire, désabusé, parfois cynique, portant un
regard sans concession sur sa vie et ses contemporains.
Florent traîne son mal-être de“mâle blanc” de la seconde moitié du XXè siècle dopé aux antidépresseurs. Toujours lucide, en même temps que provocateur et drôle, Houellebecq décrit comme personne notre civilisation occidentale finissante. Il aborde cette fois la crise du monde paysan et les ravages environnementaux de l’agriculture intensive. Mais derrière la noirceur du tableau, on voit poindre la possibilité d’un espoir.
L’amour, comme seule façon de supporter la vie dans ce monde, apparaît en creux de l’histoire de Florent qui meurt littéralement, bien que lentement, “de chagrin”, noyé par le remord d’avoir perdu, par une désinvolture fatale, son unique amour. Et parlant d’amour, Houellebecq livre, contre toute attente, sans doute l’une des plus justes et frappantes descriptions du “coup de foudre” amoureux de la littérature. Bouleversant.

Tonie Médeville nous parle de Le Chardonneret, Dona Tartt

C’est avec ce tableau de Fabricius, que j’ai aimé être aspirée par le voyage proposé. Oiseau sauvage dont une des pattes est enchainée. Oiseau prisonnier sans aucune possibilité d’envol.
Théo, le protagoniste de l’histoire, tente de se libérer de ses chaines. Très souvent habité par la rage, lumière d’une douleur souveraine, Théo n’est cependant jamais en colère contre l’autre. Donna Tartt lui insuffle une extraordinaire humanité.
Ce roman renvoie le lecteur (la lectrice en l’occurrence) à cette quête improbable de
l’authenticité depuis le premier jour, le premier regard, posé sur ce qui nous entoure.
Théo se bat pour une liberté qui se construit au travers de ses rencontres, grâce aussi à sa recherche de savoirs et de découvertes. Ces deux mots, savoir et découverte le mènent
inévitablement à la rencontre de l’art : musique, peinture, le bois aussi (le chippendale :
j’étais sous le charme de la gouge sur l’arrondi de la console Louis XIII).
Comme il dénonce l’hypocrisie, il fuit les mondanités, déteste les imposteurs. Cependant,
Théo sait mentir quand il est en danger, mondain pour ne pas se laisser impressionner,
menaçant pour se sauver du désastre. Mais sa générosité et sa capacité d’amour sont
pleines de noblesse.
J’ai aimé découvrir ce personnage, il m’a fait peur, il m’a émue. Cette rencontre a fait
résonner mes orages et ma rage. Et surtout cette soif de soleil. Le chardonneret du tableau s’appelle peut-être Théo.

Clara Leroy nous parle de Changer l’eau des fleurs, Valérie Perrin

Un récit sur la vie, la vraie vie, celle qui se finit par la mort, celle qui blesse, celle qui offre tant de beauté au quotidien, dans le rien des choses simples.
Les décors sont décrits avec délice, chaque petit détail compte.
Ce livre parlera à ceux et celles qui aiment les objets et ce qu’ils transmettent.

Bernadette Nicole nous parle de Eloge des Voyages insensés, Vassili Golovanov

Au pied du sapin, j’ai trouvé, non pas le “Petit Livre Rouge”…Mais le gros livre jaune de
Vassili GOLOVANOV “Eloge des voyages insensés”. Des écrivain(e)s voyageu(r)(se)s j’en
avais déjà suivi pas mal, mais celui là, depuis qu’il m’a prise par la main, je ne le lâche plus.
Je crois bien qu’arrivée à la cinquante cinquième page, je reviendrais à la première pour
recommencer encore cette lecture foisonnante. Vassili (moi je l’appelle Vassili, parce qu’on est devenu copain au fil des mots partagés…) est l’Être Humain que j’aimerais le plus rencontrer aujourd’hui. Ce gars là saurait faire parler une pierre. Vassili GOLOVANOV ne voyage pas, il vit le monde. Il cherche , simplement, au fil des rencontres à comprendre ce qui peut bien se passer.
Il est question d’une île dans le grand nord…mais pas que. Il est question de gens inattendus aussi, mais pas que. L’auteur pose avec la fraîcheur du candide une réflexion philosophique sur les “oubliés de la vie”, sur les petits riens du quotidien et propose un questionnement singulier. C’est aussi un livre politique, qui interroge sur le sens de nos vies.
Que dire de plus ? Rien. Et écouter Vassili Golovanov nous dire:
“L’espace me fera don d’une irrésistible richesse. L’espace fera de moi un être humain…”
Paroles receuillies par Carole Renouf

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