Le temps des confettis

A travers ses mots, Jessica Aguilar raconte avec sensibilité et émotion les instants de vie traversés par le temps. Cette jeune femme rêve, désir, ose. Elle aime sa solitude, le plaisir d’un bon bouquin à l’ombre d’un arbre, d’un plat qui mijote avant que les amis arrivent, une émission de radio le dimanche matin. Amoureuse, elle retrouve son « il », un peu mystérieux, au 4 coins du monde.

De son lien à l’écriture, elle dit ceci:

Lâcher les mots pour m’autoriser à dire ce que je désire, inventer des personnages et des histoires, m’évader. Dire à mon amoureux que je l’aime, me rappeler que je dois appeler ma mère, écrire des cartes postales pour dire que tout va bien. L’écriture me procure beaucoup d’émotions, quelque soit ce que j’écris.

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Gabrielle est tirée de son sommeil à l’aube à cause du vieux plancher qui craque. Cette maison vit, elle décide de tout et n’autorise aucun matin oisif.

Elle est arrivée hier par le train de l’après-midi. Ses sœurs l’ont accueillie à la gare, c’était un peu comme un jour de fête. Sur le quai il y a eu des cris de joies, des sourires, des accolades, des baisers qui claquent, des étreintes chaleureuses. Tout ça un peu noyé dans des yeux humides.

Les sœurs ont rapidement retrouvé leurs habitudes dans la maison. Camille a investi la cuisine et a entrepris de bricoler une sorte de gaspacho. Un gaspacho en plein hiver ? C’est une fantaisie mais qui a décidé que c’était interdit ?

Claire était agitée, elle a saisi le bagage de Gabrielle et lui a demandé trois fois si elle était d’accord pour s’installer dans la chambre au papier peint fleuri. Camille est allée chercher du bois et a allumé un feu. C’était un beau spectacle à voir. Les sœurs virevoltaient à travers la maison sur le vieux plancher. Est arrivé l’heure du dîner. On mange peu, on boit beaucoup. Le vin coule dans les gorges et réchauffe  les cœurs. Les sœurs se racontent et parlent d’hier. Elles rient et pleurent parfois.

Elles se remémorent les étés passés dans cette maison, à l’âge où le grincement des volets, le bruit du vent dans les platanes et l’absence effrayaient. Il y a eu les étés où elles bravaient l’interdit et s’échappaient par la fenêtre pour aller danser au bal du village. Le vin et les souvenirs alourdissent  les membres et les paupières, on décide d’aller se coucher.

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Au petit matin Gabrielle s’est dirigée vers la cuisine. Elle boit son café et observe François par  la fenêtre. Depuis l’aube, il travaille dans les champs. Aujourd’hui, il va falloir que les sœurs décident. Qui va garder le bracelet avec le rubis ? Et les boucles d’oreilles en nacre ?

Gabrielle prend l’escalier qui monte au grenier. Les marches grincent, le bois gémit et se plaint. Une lourde pluie s’abat sur la maison. L’aube essaie de s’infiltrer par la lucarne aux rideaux lourds de poussière. Finalement, elle ressent un certain plaisir à être seule ici.

Le grenier est saturé de souvenirs : les vieux jouets de Claire, les bandes dessinées de Camille, le vieux bahut de mamie. Et la malle en bois. Gabrielle avait complètement  oublié son existence. C’est dans cette malle qu’elle cachait tous ses trésors, cartes postales envoyées par ses copines d’école, magazines des hits musicaux de l’époque. Et puis son carnet. Elle rit de le voir là ! Elle feuillette les pages noircies par ses mots de jeune fille. Les mots racontent Simon, son premier amoureux,  Julia sa meilleure copine du CE1.

Une enveloppe tombe du carnet. Elle hésite, ouvre la lettre. Les mots lui sautent au visage, comme une énorme gifle. Le B de « besoin de vivre »lui écorche le fond de la gorge. Elle chancelle un peu, poursuit la lecture. C comme « comprends-moi ». Un coup qu’elle n’a pas vu venir et qui s’enfonce dans ses côtes. La lettre s’achève, elle est signée Maman. Le grenier silencieux enveloppe Gabrielle.

Elle inspire un grand coup, déchire le papier, en fait une pluie de confettis qu’elle jette au-dessus de sa tête. Sous ses pas légers, l’escalier semble grincer de soulagement.

Gabrielle court retrouver ses sœurs et penser à demain.

Jessica Aguilar

📷 Jessica Aguilar

 

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