Rencontre : Hyde


Justine devant son mur

Hyde, jeune artiste bordelaise, aime l’éphémère.

Elle aime qu’une œuvre naisse en six jours et disparaisse au lendemain d’une exposition. Elle aime l’émergence d’une fresque sur un mur menacé d’être détruit. À l’origine maquilleuse pour le théâtre, elle est touchée par un visage lavé de tout artifice en quelques instants alors que cela représente des heures de travail. La beauté de l’instant, ce que le temps emporte, le tangible devenu invisible.

C’est l’expérience qu’elle nous propose de vivre. Une soirée, une exposition. Au petit matin, ses œuvres immenses se décomposeront en une quarantaine de feuilles et retrouveront leur place sous le lit de Hyde.

Elle n’a pas encore d’atelier alors Guy Lafargue l’accueille en résidence, ensemble ils tissent une complicité, une amitié qui soutient Hyde dans son processus de création, qui l’amène plus loin dans ses profondeurs.

Elle peint un mur spécialement pour l’occasion. Cette peinture murale évoque son masculin et son féminin, des figures oniriques à la frontière des mondes. Ses personnages sont fantasmagoriques, entre l’humain et l’animal. Une femme sensuelle et voluptueuse suggère les naïades de l’antiquité. On pourrait aussi la penser sirène, entre le réel et l’imaginaire. Le corps d’un homme est représenté avec force et fragilité. Son sexe est ambigu, pour certains il s’empare du masculin, pour d’autres il symbolise le féminin. A ses côtés, un animal, à la croisée du renard et du lapin.

Pour Hyde ce personnage incarne la femme qu’elle est. Sensible et apaisée, blessée et maladroite, enfantine et perverse. Il y a aussi la petite fille aux cheveux d’or que l’on retrouve dans plusieurs de ses œuvres. C’est peut-être l’enfance, l’insouciance, la candeur qui se perd, laissant place aux tourments, aux angoisses, aux dérives. Enfin des allégories de l’homme, parfois monstrueux, souvent puissants et animal.

dav

Dans la même pièce, d’autres œuvres. Je porte mon attention sur l’une d’entre elle.

Hyde me raconte.

Cet homme au torse fin et dessiné, c’est un accident. Le début d’une aventure, le début d’une création. Elle rajoute des feuilles noires à mesure qu’elle dessine. A mesure qu’elle se laisse emporter par son imaginaire, sa sensibilité. Les couleurs sont flamboyantes, les ailes jaunes tournesol de l’oiseau me font l’effet d’un feu qui s’embrase. Il est peut-être un allié pour l’homme et l’enveloppe avec protection ou un ennemi qui l’attaque par surprise.

L'homme et l'oiseau

Puis, mon regard se pose sur la seule toile, peinte sur fond blanc, qui me parle de l’Afrique. Le temps d’une cérémonie, la préparation d’un jeune homme à un rituel initiatique. Pour Hyde cette toile nait d’un besoin viscéral de créer après un chagrin d’amour.

jeune homme africain
Enfin une série de dessins symbolisant Alice et son lapin. Chez Hyde le pays des merveilles peut être à la fois inquiétant, magique, envoutant. Les couleurs sont chaudes, lumineuses, éclatantes.

Alice et le lapin
L’univers de Hyde est profondément touchant par la puissance de ses symboles et la beauté de son monde fantasmagorique. C’est une artiste généreuse, qui ose être et exprimer ce qu’elle vit intérieurement. Elle nous invite à un voyage intime et sensible. Un questionnement sur l’art, sur le processus de création, toujours unique et propre à chaque artiste.

Si vous aussi, vous voulez découvrir cette jeune femme talentueuse, venez flâner le 14 février au ZIG ZAG Café ; 73 cours de l’Argonne. Hyde, entourée de 13 autres artistes, nous parlera d’amour et de sexe.

D’ici là…ses mots qui expriment et partage son cheminement à travers son art..

 

« 

 

Holl France : Peux-tu nous raconter quel fut ton cheminement pour aujourd’hui t’exprimer à travers ton art ?  

J’ai commencé à dessiner de manière spontanée il y a 20 ans. Je dois dire que le dessin m’a souvent aidé à expulser des peurs ou des émotions fortes. J’ai donc rapidement identifié la création comme une question de santé mentale. L’envie de créer est arrivée par vague de plus en plus grosse et au travers de formats de plus en plus grands. Non pas que j’allais de plus en plus mal, bien au contraire. J’avais ouvert une porte. En 2005, je rencontre Guy Lafargue grâce à ma mère qui était en formation dans son Ecole Bordelaise d’Expression Créatrice Analytique. Cette rencontre est déterminante. Je découvre l’art cru, l’art brut et je découvre un chemin pour me révéler. Mais ce chemin me fait peur. Je deviens maquilleuse pour le spectacle, je suis intermittente, je dessine dans mon coin presque en cachette. En cachette de mes proches mais à la vue des autres, puisqu’au départ je ne dessine qu’en public, dans les transports en commun lors de mes tournées. Une amie artiste, Marion Robert, m’invite un jour à exposer dans son atelier. Je suis étonnée par ce que se racontent les visiteurs au travers de mes dessins. Je projette quelque chose sur une feuille, puis l’Autre projette autre chose en le regardant. Je trouve ça formidable. Dans les années qui suivent, j’expose de temps en temps selon l’envie et les rencontres. Toujours dans les lieux vivants tels que bar, salon de thé, associations. Puis du dessin je passe à la peinture. J’étais assise la tête vers le bas, je me retrouve debout face à ma feuille, la tête haute. Cela se passe au cours d’Ateliers d’Expression Créatrice Polyvalente chez Guy Lafargue, un stage qu’il baptise l’Atelier de la Vache Folle. La table palette (ou jeu de peindre, inventé par Arno Stern) dont je dispose au cours de cet atelier marque un tournant.  Pour moi l’Atelier de la Vache Folle c’est comme un espace de liberté où je peux être moi même sans plus craindre ni le regard des autres, ni le mien, ni le temps, ni l’espace, ni la mort, ni même la vie. Un jour il n’y a plus de feuilles blanches, je passe à la feuille noire et c’est une révélation, je peux laisser exploser mon imaginaire ! Et puis un autre jour la feuille est trop petite, au lieu d’en prendre une plus grande j’en ajoute une à côté. Puis une autre. Cela devient mon processus de création. A présent j’arrive à un moment de ma vie où je sens une énergie créatrice devenue trop forte pour pouvoir faire autre chose que de peindre. Et j’ai l’impression de n’être qu’à 10 pour cent de ce que je peux donner, qu’il y a un monde à l’intérieur de moi qui ne demande qu’à sortir.

 

Hyde : Qu’est-ce qui est important pour toi de transmettre à travers tes œuvres ?  

Je considère que je peints sans prétention, je n’ai pas pris de cours et je pense que tout le monde peut mettre et devrait mettre de la créativité dans sa vie. C’est le message le plus important que j’ai à transmettre, donner aux autres l’envie de créer. Le soir du vernissage, rien ne pouvait me rendre plus heureuse que de voir tous ces enfants me réclamer des feuilles et dessiner au milieu de mes œuvres.

En ce qui concerne le contenu de mes œuvres, ne travaillant que dans la projection et dans le lâcher prise, je ne maîtrise rien, ni le sens ni même l’intention. Bien que tout de même pour cette exposition éphémère, j’ai commencé à mettre une intention à ce que j’allai créer. Une intention d’amour que j’ai pour la vie et l’être humain. Je projette sans retenue ni censure mon monde fantasmagorique sur les murs. Et je suis la première étonnée de ce qui surgit. J’adore quand les visiteurs me parlent de leurs impressions. C’est un dialogue qui semble être sur un autre plan. Ils m’apportent des réponses plus qu’ils ne me posent des questions, et ça c’est formidable.

 

H.F. : Quels sont les thèmes que tu abordes et pourquoi ? 

H : Il y a un mélange entre le monde magique du spectacle et de la représentation dans lequel j’ai travaillé pendant dix ans, et un monde plus chamanique. Ce second monde je ne pourrai pas vous dire pourquoi il s’est invité chez moi. Une chamane m’a dit un jour que j’en étais un aussi, et que j’avais directement accès au monde invisible, que je rendais visible par l’action de peindre. En vérité je suis une grande rêveuse et j’adore inventer des histoires, des mondes et me dire qu’ils existent pour de vrai. Un peu comme une enfant. Je cherche à garder contact avec la petite fille que j’étais. La nuit j’ai toujours vu des silhouettes se tenir au pied de mon lit. J’ai fait de ces entités mes alliées pour avancer dans le noir. Je partage avec le public cette aventure fascinante et étrange.

Il semblerait que je sois aussi questionnée par le masculin et le féminin. Il y a souvent un jeu entre deux personnages, que ce soit entre Alice et son lapin, le clown et sa femme à vraie queue de cheval, l’homme en feu et la louve libidineuse, le rat et la sirène. Je cherche à trouver un équilibre entre mon masculin et mon féminin et à les réconcilier avec tout l’amour dont je suis capable.

 

H.F. : Quelles sont les émotions qui te traversent quand tu créés ?   

H : Il y en a une multitude. Avec Guy il y a toujours un temps de parole pour déposer ce qui m’a traversée durant la création d’une œuvre. J’ai donc appris à parler de mes émotions assez librement. Je peux ressentir une grande joie, parfois je ris, parfois je pleure et je ne sais même pas pourquoi. Dans ces personnages qui surgissent, j’en reconnais certains, je me reconnais ou bien je reconnais un amoureux que j’ai eu. Parfois je suis très secouée et j’ai peur. Mais ce qui est sûre c’est qu’une fois que j’ai terminé ma peinture, toutes mes émotions ont été libérées. Je peux la regarder de façon neutre et apaisée. J’ai beaucoup de tendresse pour ce que j’ai fait et je suis prête et heureuse de les voir partir dans d’autres maisons quand les visiteurs les achètent.

 

« 

 

 

Pour retrouver Hyde, c’est ici :

FB : https://www.facebook.com/hyde.artiste/
SI : http://justinedenis.ultra-book.com/accueil

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :