Vernissage : Regards du Bénin


Quelques jours avant le vernissage j’apprenais que la mairie de Bordeaux avait décidé, en toute impunité bien sûr, d’abattre les marronniers de la place Tourny. Voilà un versant de l’humanité, archaïquement induit par un sentiment de toute puissance, qui me débecte… Je pense que l’être humain se doit de cultiver son humilité. Il faut oser vivre des expériences qui modifient nos représentations, humanisent nos valeurs et, par ricochet, qui enrichissent notre identité.

Après un voyage, tu n’es plus le même. Tes sens, ton âme et ton corps sont imprégnés par des odeurs, des couleurs, des goûts, une temporalité, un climat, un langage, une culture….dont tu étais jusqu’alors étranger. Qu’il est bon de partager ce vécu. Dans cette optique de convivialité, notre merveilleux partenaire associatif  «Cultiver l’Equilibre» a prolongé le séjour inter-culturel au Bénin en organisant une soirée de partage autour de cette expérience personnelle, collective et artistique unique.

Quel plaisir d’être allée me réchauffer à l’Atelier 14 en cette froide soirée du 24 novembre. Dès que tu passes la porte avec fracas (il faut penser à la retenir !! ^^), tu te fais cueillir par les artistes elles-mêmes. Chaleureuses, souriantes,  pleines de souvenirs, elles te proposent de vivre leur voyage à travers leurs œuvres qui prennent la forme de textes, photographies, carnet de voyage illustré, aquarelles… ainsi qu’un enregistrement audio captivant sur la culture du vaudou, une singularité qui est ancrée dans le quotidien béninois.

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Festive, joyeuse, une chaleur émane de l’atmosphère colorée où se mélangent tissus, bijoux, nourriture venus tout droit du Bénin

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Les compliments fusent et les liens se créent. A 19h30 la salle de danse est pleine.

Je retrouve une connaissance. On se sent chez soi. Le punch servi commence à faire son effet et le bruit s’intensifie. Les rires résonnent dans l’Atelier 14 et devient communicatif.

_1100629 (2)Carole (artiste) et Jade (Présidente de Cultiver l’équilibre)

« On se replonge dans les souvenirs de ce voyage et on se dit qu’il nous tarde d’y repartir ». Cette soirée fut l’occasion d’une parenthèse qui a rendu compte aux visiteurs de l’émulation artistique qui s’est produite lors de ce séjour.

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Comme l’a immortalisé Ambre sur la photo; convivialité, partage et émotions furent au centre de cette soirée. J’ai été témoin de ce moment suspendu où un homme murmure à l’oreille de sa compagne la profondeur du texte de Carole* dont les mots transpirent de sincérité et de puissance.

*texte à consulter en bas d’article

benin
Jade, Carole, Céline, Clara et Susana, merci pour ce partage. C’est à travers la pluralité de vos regards et identités que j’ai découvert une part du Bénin.

Lecteurs de cet article, n’hésitez donc pas à vous dépayser comme l’équipage d’Holl France ; cette exposition passionnante et enrichissante reste jusqu’au 24 décembre à l’Atelier 14.

J.J.G.

Pour en savoir plus sur Cultiver l’équilibre :

FB : https://www.facebook.com/cultiverlequilibre/
SI : https://www.helloasso.com/associations/cultiver-l-equilibre
Mail : cultiverlequilibre@gmail.com


Un jour, l’Afrique

 

L’Afrique…elle me berce depuis l’enfance. Combien de fois ai-je demandé à mon père de me raconter son épopée à travers le Sahara ? Je me souviens de cette photo sur laquelle il regarde le soleil décliner dans un désert qui s’étend à perte de vue, vers l’horizon aux fragments ocres et mordorés. Mon voyage commence peut-être avec cette photo. Longtemps je me suis imaginée la terre de nos ancêtres, j’ai écouté les voix qui me content l’histoire de notre humanité, j’ai rêvé les visages, j’ai espéré les regards profonds et sages.

A l’adolescence, mes amis viennent de France, du Gabon, du Tchad, du Togo. J’ai grandi avec leurs langues, vives et sans complaisance, avec leurs corps qui dansent, avec leurs sourires qui caressent. Et puis un jour, je suis partie.

 L’Afrique de l’Ouest. Le Bénin. Ouidah, bercée par l’océan Atlantique. Un seul instant suffit pour respirer la chaleur de ce pays et sentir les vibrations d’un sol qui se craquèle et qui pulse. Nous prenons le bus. La nuit s’installe et les silhouettes se dessinent telle des ombres en mouvement, au bord de la route éclairées de bougies et de feu de camp. Je devine déjà les couleurs et les odeurs. A mon arrivée au centre culturel et artistique, une cérémonie se déroule, celle du phâ qui nettoie. Ils sont vêtus de blanc et dansent au rythme des percussions.

Elle est belle Ouidah, recouverte d’une poussière scintillante, parsemée de palmiers nonchalants qui ondulent sous la brise du vent, d’une torpeur qui invite à la sieste et d’une pluie torrentielle qui lave les corps. Ici, le temps est suspendu, une langueur infinie ronronne comme un chat. Je m’imprègne de cette lenteur, je la savoure. Elle est douce. C’est une somnolence qui me cueille alors que l’oracle guide les initiés pour trouver l’harmonie avant les débuts d’une cérémonie.

Sous un soleil cuisant, j’observe l’impalpable. D’apparence, il ne se passe rien. Quelques personnes changent de place, d’autres en cherchent une. C’est un joyeux vacarme qui semble nous dire que, bientôt, ça va émerger. Dans la musique, des ondulations, des transitions, des vibrations. Le temps s’étire comme une attente suspendue puis s’accélère et se déchaine. Ils arrivent de toute part, des hommes, des femmes, des enfants. Ils chantent, ils rient, ils frappent dans leurs mains. Ils s’emportent les uns avec les autres. Le rythme des percussions s’intensifie, palpitent les battements de cœur. Un fragment de seconde et tout se chamboule.  Dans la pénombre du temple, ils ont sacrifié une chèvre. Un cri. Une femme en sort. Elle danse, danse et danse encore jusqu’à la transe. Entre ses dents, la chèvre morte pèse de tout son poids. Elles tournoient ensemble, virevoltent, font corps à corps. Après elle, un homme et toujours la chèvre. Sa blessure qui saigne dans sa bouche à lui. Le sang se fait témoin de quelque chose qui me dépasse. Puis une petite fille, qui rampe au sol comme un animal sombre et menaçant. Autour d’elle ils sont nombreux, ils chantent fort, de plus en fort. Ils sont une matrice. Un corps indivisible. Entité porteuse d’un mystère qui me fascine.

La nuit s’invite à nouveau, enveloppante. Au loin, j’entends des voix. Le souffle du vent me dit-on. Je ne pose pas de question. Je me laisse bercer par la beauté de l’invisible. Je redeviens cette enfant qui écoutait les histoires de son père parti un jour en Afrique.


 

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